|
|
|
"Information faicte par nous, Oierre de Rasme, prebstre, maistre et adminstrateur de lhospital notre dame des Fontenilles de Tonnerre, avec maistre George Sellier, prebstre et chanoine de saint Pierre dudit Tonnerre et notaire apostolicque, concernant des desobeyssances et autres maléfices faicts et commis par soeur Guillemette de Heure, religieuse dudit hospital." "Du IIIIe jour du moys de juillet 1534." Le premier témoin interrogé est Pierre Arnoul, religieux à l'hôpital de Tonnerre. Après avoir fait le serment sur l'évangile, on apprend qu'il a "cinquante ans ou envyron" et que cela fait quatorze ans qu'il connaît soeur Guillemette de heure, responsable de l garde des clefs des coffres de linge de l'hôpital. Or, il s'avère que celle-ci n'est pas un modèle de vertu. Il lui est reprocher notamment de "fauter et fréquenter tous les jours" le moine André Bonjour, tant pour "boyre, manger" qu'autres choses. On apprend ensuite qu'elle a eu "plusieurs noyses, debatz et questions" avec les religieux et en particulier avec le plaignant à qui elle donna "ung sofflet et lui esgratigna le visage". Il s'avère enfin qu'elle a "bastu" le frère Pierre Tabouret, vicaire del'Hôpital, la soeur Jeanne, une servante nommée Robelot et surtout, "une pauvre femme impotente des jambes qui était gisante malade en l'ung des lictz dudit hospital, et lui donna plusieurs coups de bastons" et ce, parce que cette dernière se "plaignoit de son vivre". Un peu plus loin dans le témoignage, il est indiqué que la fameuse sœur Guillemette sort souvent sans permission "et s’en va parmy la ville au marché et aultres maisons ". Le témoin explique aussi qu’il y a de cela quatre ans, le maître de l’hôpital Pierre Pynot décida de faire l’inventaire de tout ce qu’il y avait dans la chambre de la sœur Guillemette ; on y trouva "des poysons" et trois lettres qu’elle a reçues du frère Pierre Champaigne contenant "plusieurs parolles infames concernant le fait de l’impure que ledit déposant n’oseroit" répéter. En tout cas, il fut interdit à ladite sœur de fréquenter le moine Bonjour "synon en nécessité de maladie". Le second témoin entendu est le frère Claude Goix, âgé de cinquante ans. Il nous apprend qu’il "scayt de vray »que la sœur Guillemette ne devait en aucun cas fréquenter André Bonjour, ce qui ne l’empêcha pas, au dire du déposant, de «fauter plusieurs foys" dont "la dernière foys publiquement" avec ledit moine. Il nous apprend que furent trouvés dans sa chambre des "drogues" et des "poysons" "que ladite Guillemette dit avoir acheté pour s’en servir en médecine dont elle se mesle et fait mestier". Enfin, il nous informe qu’elle a "vendu et distribué le linge" de l’hôpital. Viennent ensuite quatre témoignages qui nous renseignent sur une bagarre qui eut lieu entre les sœurs Guillemette et Concorde. Un prêtre nous informe qu’elles se "sont empoignées l’une et l’aultre aux cheveulx, mordues, esgratignées et dites plusieurs injures". La sœur Jeanne nous apporte quelques précisions sur cette dispute : on sait par exemple qu’elle a eu lieu entre "IX et X heures du soir" où "soeur Guillemette et soeur Concorde (la bien nommée) eurent quelques noyses et débatz entre elles et appelèrent l’une et l’aultre coquine " (et aussi "putain " et "ribaulde " d’après le moine Thabouret). En tout cas, elles firent un tel "scandalle " qu’on fut obligé d’appeler Thibault, portier de l’hôpital, "pour les faire tayre ". La servante Rabelot nous renseigne quant à elle sur le motif de cette dispute. A l’origine, la sœur Guillemette voulait des draps pour son "lict ". Or, d’après la servante, il n’y en avait plus de disponible puisqu’ils "séchaient dans le jardin de sœur Concorde ". Guillemette s’y rendit donc de ce pas, mais ne les trouva pas. Elles revint vers la servante et lui "bailla un grand coup de poing entre les deux espaulles de sorte qu’elle la fit tomber par terre ". Puis elle retourna dans sa chambre où elle fit "gros bruit ". Texte extrait de document conservés dans les archives du centre hospitalier et traduit par Magali VILLETARD, chargée du partimoine.
|