xtrait du registre des délibérations de l'hospice de Tonnerre au début du XXème siècle.

Nous sommes en 1917, année où le Tonnerrois doit contribuer à l'effort de guerre et économiser les sources d'énergie. Et cette économie fait justement l'objet de la réunion du conseil d'administration en ce 17 mars 1917.

La séance commence ainsi : "... la direction rencontre (...) de si sérieuses difficultés qu'il n'est pas possible de maintenir plus longtemps l'état des choses actuel". En effet, afin d'économiser les rations alimentaires et le gaz, les cafés au lait habituellement servis au petit déjeuner des malades et du personnel ont été supprimés pour tout le monde. Mais "malgré cette défense" Melle ..., ... et ... " ont continué à faire leur café au lait, et comme il ne leur est pas donné de lait pour cet usage, elles prennent celui des hospitalisés " on trouve même " des cachettes de lait jusque dans le grenier sous de vielles défroques".

L'administrateur économe rappelle combien il est important en cette période difficile de respecter les restrictions, notamment celles concernant le gaz, et pourtant "le réchaud à gaz des des salles C et D continuait à brûler toute la journée et sans surveillance ". Le réchaud est supprimé et les infirmières sont invitées à utiliser celui de la salle A pour faire chauffer les tisanes et le lait des malades. Mais, écrit l'administrateur, un infirmière mécontente se rend auprès de la directrice pour " lui reprocher de ne s'être pas opposée à la vilenie que je lui faisais ".

La nuit, la surveillance des salles revient aux veilleuses, qui, sur recommandations des infirmières du jour, prodiguent les soins aux malades et rendent compte tous les matins des évènements de la nuit. Seulement, depuis l'histoire des cachettes de lait, elles "sont en bute à toutes les grossièretés et même aux injures des infirmières (..) lesquelles ne se gênent pas pour les traiter de mouchardes ".

Enfin, l'administrateur se plaint d'un dernier fait source d'abus, celui des visites. Le règlement intérieur de l'établissement les fixe les "mercredi, samedi et dimanche de 1h à 3h du soir (art. 79 du  règlement) " pour les malades  comme pour le personnel soignant. Or, apparemment, les jours et les heures de visites ne sont pas respectés par ces infirmières qui, à défaut de parloir, font réception dans leur chambre.

L'administrateur suggère, si ces infirmières ne peuvent se soumettre au règlement,, qu'elles se démettent de leur fonction, ou, dans le cas contraire "que la commission prononce leur renvoi".

Les trois coupables ont eu lecture du rapport qui précède, ont été "entendues successivement en leurs observations et moyens de défense".

Le 4 avril, la commission se réunit à nouveau pour le jugement : "Considérant qu'une pareille attitude de la part des subordonnées constitue un état d'anarchie qui ne saurait être toléré (...)" le Conseil d'Administration "prononce (...) la peine de réprimande avec inscription au procès verbal" contre les infirmières coupables.

 

 

Texte extrait de document conservés dans les archives du centre hospitalier
 VILLETARD, chargée du patrimoine.